(1859, Lyon-FR) Le Manoir Macabre de la Famille Duvall – Un Lieu Que Personne N’Osait Entrer

Ils ont disparu en une nuit et personne n’a jamais osé entrer pour les chercher. Chers auditeurs, d’où nous écoutez-vous aujourd’hui ? De Paris, de Marseille peut-être de Lyon même ? Laissez-nous un commentaire et dites-nous dans quelle ville vous vous trouvez en ce moment. Et si cette histoire vous intrigue, n’oubliez pas de vous abonner à la chaîne car ce que vous allez entendre aujourd’hui est bien plus troublant qu’une simple légende. C’est l’histoire d’une famille respectable qui a sombré dans un cauchemar dont elle ne s’est jamais réveillée. Alors, installez-vous confortablement ou peut-être pas trop, car ce récit risque de vous glacer le sang.
L’automne 1859 déposait ses premières feuilles dorées sur les pavés mouillés de Lyon. La ville bourdonnait d’activité. Les tisseurs travaillaient sans relâche dans les ateliers de la croix Rousse. Les marchands criaient leur prix sur les quais de la zone et les fumées des cheminées montaient paresseusement vers un ciel gris et bas. C’était une époque de prospérité pour certains, d’incertitude pour d’autres. Étienne Duval appartenait à la première catégorie.
À 42 ans, il était l’un des négociants en soi les plus respectés de la région. Grand, le visage carré marqué par la détermination. Les cheveux bruns soigneusement peignés en arrière, Étienne incarnait la réussite bourgeoise de son temps. Son épouse, Madeleine, était une femme élégante de 35 ans, au très fin et au regard doux, toujours vêtu avec un goût irréprochable. Leurs deux enfants, Camille 9 ans et Luc, 6 ans, complétait ce tableau de famille modèle.
Lorsqu’étienne annonça qu’il avait fait l’acquisition d’une propriété dans les faubours de Lyon, Madeleine fut à la fois surprise et enchanté. Il vivait jusqu’alors dans un appartement confortable du centre-ville. Mais l’idée d’une demeure spacieuse avec un jardin pour les enfants semblait prometteuse. “Une véritable affaire, ma chère”, avait déclaré Étienne en dépliant les documents notariés sur la table du salon. La propriété Montcler. 12 pièces, un parc de 3 hectares, une architecture magnifique du siècle dernier et pour un prix dérisoire.
Madeleine avait froncé les sourcils en examinant les papiers. Pourquoi si peu cher, Étienne ? Il doit y avoir une raison. Les anciens propriétaires sont partis précipitamment pour l’Amérique une question d’héritage apparemment. Il voulait vendre rapidement. C’est notre chance. Ce qui ne figurait pas dans les documents, c’était l’histoire que le notaire avait brièvement mentionné avant de se raviser.
Les Montcler, en effet, avaient quitté la propriété du jour au lendemain, abandonnant même leurs meubles et leurs effets personnels. Le notaire avait commencé à évoquer des difficultés familiales puis s’était tu, préférant conclure la transaction rapidement. Par une matinée brumeuse d’octobre, la famille du Val arriva enfin devant leur nouvelle demeure. La calèche caota sur le chemin de terre, bordé de chaînes centenaires dont les branches formaient une voûte obscure au-dessus d’eux.
Camille et Luc avaient le nez collé à la fenêtre, excité à l’idée de découvrir leur nouveau foyer. Lorsque la propriété apparut au détour du chemin, Madeleine sentit son cœur se serrer. La bâtisse était effectivement imposante. Trois étages de pierre grise, de hautes fenêtres à menau, un toit d’ardoise au penteraide. Mais quelque chose dans son aspect général dégageait une impression de solitude. Peut-être était-ce le lière qui grimpait de manière anarchique sur la façade ou les volets fermés qui donnaient à la maison l’air de garder les yeux obstinément clos ou peut-être était simplement le silence. Un silence trop profond pour un lieu situé à seulement quelques kilomètres d’une ville vivante.
“C’est magnifique”, murmura Étienne en descendant de la calèche. Il inspira profondément l’air humide de l’automne. “Regarde, les enfants pourront courir librement.” Deux domestiques accompagnaient la famille. Marguerite, une femme robuste d’une cinquantaine d’années qui servait les duvales depuis des années, et son neveu Thomas, un jeune homme de vingt ans engagé pour s’occuper du jardin et des taches lourdes.
Marguerite descendit de la seconde voiture en jetant un regard circonspect à la demeure. “C’est bien grand, monsieur”, dit-elle simplement, mais son ton trahissait une certaine réserve. La clé grinça dans la serrure de la lourde porte d’entrée en chaîne. Étienne dut forcer pour l’ouvrir et un gémissement prolongé accompagna le mouvement. Une odeur de renfermé et de poussière les accueillit immédiatement.
L’intérieur était sombre malgré l’heure matinale. Le hall d’entrée s’élevait sur deux étages dominé par un grand escalier de bois qui menait aux chambres. Les meubles abandonnés par les précédents propriétaires étaient recouverts de draps blancs créant des formes fantomatiques dans la pénombre. Un grand lustre en cristal pendant du plafond, ses pendloques couvertes de poussière. “Papa, pourquoi il fait si noir ?” demanda Luc en se serrant contre sa mère.
“Il suffit d’ouvrir les volets, mon garçon”, répondit Étienne avec un sourire rassurant. “Thomas, occupez-vous de cela immédiatement et Marguerite ? Commençons par la cuisine. Il faut rendre cet endroit habitable.” Pendant que Thomas parcourait les pièces pour ouvrir les volets, laissant entrer une lumière grise et timide, Madeleine explora le rez-de-chaussée avec les enfants. Le salon principal était vaste avec une cheminée monumentale en marbre. La salle à manger pouvait accueillir 12 convives.

La bibliothèque contenait encore des dizaines d’ouvrages reliés en cuir abandonnés sur les étagères. “Pourquoi ils ont laissé leur livre ? Maman ?” Demanda Camille en caressant du doigt une reliure poussiéreuse. “Je ne sais pas, ma chérie, sans doute pensait-il pouvoir tout remplacer en Amérique ?” Mais cette explication sonnait faux, même à ses propres oreilles. On n’abandonnait pas des objets de valeur, des livres, des meubles de qualité, à moins d’avoir une excellente raison, une raison urgente.
Au premier étage, Madeleine choisit les chambres, la grande chambre parentale qui donnait sur le parc, une chambre pour Camille avec une alcauve charmante et une autre pour Luc adjacente à celle de sa sœur. Les chambres de service se trouvaient au deuxième étage. La première nuit dans la propriété Montcler fut étrangement calme. Épuisé par le déménagement et le nettoyage, tous s’endormirent rapidement. Seul Madeleine resta éveillée plus longtemps, écoutant les craquements naturels d’une vieille bâtise qui se tassait avec les changements de température.
Elle essayait de se convaincre que son malaise n’était que le résultat de la fatigue et du changement. Mais vers trois heures du matin, elle entendit quelque chose qui la fit se redresser dans le lit. Un bruit distant comme un murmure. Elle tendit l’oreille, le cœur battant. Le bruit se répéta ou simplement le vent dans les arbres. À côté d’elle, Étienne dormait profondément, ronflant légèrement. Madeleine se recoucha, se reprochant son imagination trop fertile.
C’était juste une vieille maison, rien de plus. Pourtant, avant de se rendormir, elle eut l’étrange sensation que quelque chose quelque part dans cette grande demeure silencieuse était éveillé et observé. Les premières semaines à la propriété Montclaire s’écoulèrent dans une agitation organisée. Étienne continuait ses affaires en ville partant tôt le matin et rentrant en fin d’après-midi.
Madeleine supervisait l’aménagement de la maison, transformant progressivement les pièces poussiéreuses en un foyer accueillant. Marguerite cuisinait, nettoyait et marmonait parfois des commentaires sur les courants d’air bizarres de la maison. Thomas s’occupait du jardin, taillant les haies envahies et débroussaillant les allées. Camille et Luc, ravis de leur nouveau terrain de jeu, exploraient le parc chaque jour. Ils avaient découvert une vieille balançoire près d’un chaînes, un bassin abandonné où nageait encore quelques poissons rouges et même une petite serre en ruine qui leur servait de cachette.
Mais petit à petit, des détails troublants commençent à s’accumuler. Ce fut d’abord Marguerite qui mentionna d’un ton hésitant que certains objets semblaient changer de place. Une casserole posée sur la table de la cuisine se retrouvait accrochée à son crochet le lendemain matin. Un châle qu’elle était certaine d’avoir laissé sur une chaise réapparaissait soigneusement pliée dans l’armoire. “Je deviens vieille”, disait-elle en riant nerveusement. Ma mémoire me joue des tours.
Puis ce fut au tour de Thomas de rapporter quelque chose d’étrange. Alors qu’il travaillait dans le jardin un après-midi, il avait levé les yeux vers la maison et avait juré avoir vu une silhouette à la fenêtre du deuxième étage, une fenêtre d’une chambre inoccupée. Quand il était monté vérifié, la pièce était vide, la porte fermée à clé comme il l’avait laissé. “Le soleil a dû créer un reflet”, suggéra Étienne quand Thomas lui en fit part, “ou peut-être un oiseau qui s’est posé sur le rebord.” Thomas hocha la tête mais son regard restait troublé.
Madeleine quant à elle commença à remarquer un phénomène récurrent. Elle entendait régulièrement des bruits de pas à l’étage supérieur alors que personne n’était censé s’y trouver. des pas lents, mesurés comme quelqu’un qui marcherait de long en large. Chaque fois qu’elle montait vérifiée, elle ne trouvait rien. Les chambres du deuxième étage étaient silencieuses et vide. “C’est simplement le bois qui travaille,” lui assurait Étienne. “Ces vieilles maisons sont pleines de bruit, il faut s’y habituer.“
Mais Madeleine n’arrivait pas à s’y habituer. Elle se surprenait à éviter certaines parties de la maison, particulièrement le couloir du deuxième étage qui menait aux anciennes chambres de service. L’air y semblait toujours plus froid, même quand le reste de la maison était chauffé et il y avait cette odeur, une légère senteur de rose fanée qui apparaissait parfois sans raison. Ce qui inquiétait le plus Madeleine cependant, c’était le comportement des enfants.
Camille, habituellement gaye et bavarde, était devenue plus silencieuse. Elle passait de longs moments à regarder par la fenêtre de sa chambre, fixant le jardin avec une intensité troublante. “Que regardes-tu, ma chérie ?” lui demanda Madeleine un après-midi. Camille sursauta comme tiré d’une rêverie. “Rien, maman, je regardais juste les arbres.” “Tu es sûr que tout va bien. Tu sembles préoccuper ces derniers temps.” La fillette hésita puis secoua la tête. “Tout va bien. C’est juste que… juste que quoi ? La maison est parfois un peu triste, non ? Comme si elle était seule.“

Madeleine sentit un frisson lui parcourir les échines. “C’est parce qu’elle était abandonnée, ma chérie. Mais maintenant, nous sommes là. Nous lui donnons de la vie.” Camille acquiétaissa mais son regard retourna vers la fenêtre, comme attiré par quelque chose que Madeleine ne pouvait pas voir. Luc, de son côté, avait développé une habitude étrange. Il refusait catégoriquement de dormir sans une bougie allumée dans sa chambre.
Quand Madeleine lui en demanda la raison, il répondit simplement : “Pour qu’elle puisse voir que je ne dors pas.” “Qui ça ? Elle ?” “La dame ?” répondit Luc comme si c’était évident. “La dame qui vient me voir la nuit.” Le cœur de Madeleine se serra. “Quelle dame mon chéri ?” “Celle avec la robe longue. Elle reste près de la porte et elle me regarde. Mais si je fais semblant de dormir, elle part.“
Madeleine s’agenouilla devant son fils et prit ses mains dans les siennes. “Luc, écoute-moi. Il n’y a personne qui vient dans ta chambre la nuit. Tu as fait un cauchemar. C’est normal dans une nouvelle maison.” Mais Luc secoua la tête avec conviction. “Non, maman, elle est vraiment là. Elle est triste, elle cherche quelque chose.” Cette nuit-là, Madeleine en parla à Étienne.
Ils étaient couchés dans leur grande chambre, la lueur d’une lampe à huile projetant des ombres danses sur les murs. “Les enfants ont une imagination débordante”, dit Étienne en caressant distraitement la main de sa femme. “Ils inventent des histoires, c’est leur façon de s’adapter au changement.” “Mais Luc semblait si convaincu. Madeleine, je t’en prie, nous ne allons pas commencer à croire aux fantômes. Nous sommes des gens éduqués, rationnels. Cette maison est vieille, elle fait des bruits, elle a son caractère, c’est tout.“
Madeleine voulait le croire. Elle voulait vraiment le croire. Mais cette nuit-là, alors qu’elle était sur le point de s’endormir, elle entendit distinctement quelque chose qui la fit se figer, une voix, une voix de femme très douce, très lointaine qui semblait l’appeler par son prénom, Madeleine. Elle se redressa brusquement, le cœur battant à tout rompre. Étienne dormait paisiblement à côté d’elle. La maison était silencieuse, mais elle l’avait entendu. Elle en était certaine.
Tremblante, elle se leva et entrouvrit la porte de la chambre. Le couloir était plongé dans l’obscurité. Elle tendit l’oreille, mais n’entendit plus rien. Peut-être avait-elle rêvé. Peut-être son esprit lui jouait-il des tours influencé par les histoires de Luc. Elle retourna se coucher, mais le sommeil fut long à venir. Et quand elle finit par s’endormir, elle rêva d’une femme en robe longue qui errait dans les couloirs de la maison, cherchant désespérément quelque chose qu’elle avait perdu.
Le lendemain matin, au petit-déjeuner, Thomas annonça qu’il avait trouvé la porte de la cave ouverte. “Pourtant, je l’avais fermé à clé hier soir. J’en suis certain”, dit-il en fronçant les sourcils. “Et ce matin, elle était grande ouverte.” “On a peut-être oublié de la fermer”, suggéra Étienne sans lever les yeux de son journal. “Non, monsieur, j’en suis sûr.” Un silence tendu s’installa.
Marguerite échangea un regard avec Madeleine, même Étienne sembla légèrement perturbé, bien qu’il s’efforça de ne pas le montrer. “Bon”, dit-il finalement en repliant son journal, “je vais faire venir un serrurier pour vérifier toutes les serrures. Il y a peut-être un problème de mécanisme. Ces vieilles serrures peuvent être capricieuses.” Mais personne à table n’était vraiment convaincu par cette explication. Quelque chose se passait dans la propriété Montclaire, quelque chose qu’il ne comprenait pas encore et qui progressivement commençait à les effrayer.
Novembre apporta les premières gelées. Les arbres du parc perdirent leur dernière feuilles et un brouillard épais s’installait chaque matin, ne se dissipant qu’en milieu de journée. La propriété Montclaire semblait encore plus isolée, coupée du reste du monde par ce voile grisâtre qui étouffait les sons. Les incidents continuaient de plus en plus fréquent et de plus en plus inexplicable.
Un matin, Marguerite trouva toutes les portes des armoires de la cuisine ouvertes. Elle était certaine de les avoir fermé la veille. Un autre jour, Étienne découvrit que ses documents de travail, soigneusement rangés dans son bureau, étaient éparpillés sur le sol, comme si quelqu’un les avait feuilleté pendant la nuit. “C’est le vent” insistait-il, bien que toutes les fenêtres fussent fermées.
Madeleine commença à tenir un journal de ses événements, notant chaque détail étrange. Elle le cachait dans le tiroir de sa table de nuit, n’osant pas en parler à Étienne, qui semblait de plus en plus irrité par ce qu’il appelait ses superstitions ridicules. Les enfants, eux, changeaient de jour en jour. Camille avait perdu son appétit et se réveillait souvent en pleine nuit en larme parlant de voix qu’il appelait. Luc refusait maintenant de monter seul à l’étage et s’accrochait désespérément à sa mère dès que la nuit tombait.
“Je n’aime pas cette maison”, répétait-il constamment. “Elle n’est pas gentille.” Ce qui troublait le plus Madeleine, c’était l’attitude des rares visiteurs qui venaient à la propriété. Le facteur déposait le courrier au bout de l’allée et refusait de s’approcher davantage de la maison. Lorsque le médecin vint examiner Camille, qui souffrait d’une fièvre inexpliquée, il sembla pressé de repartir, jetant des regards nerveux autour de lui. “C’est une maison particulière”, avait-il murmuré à Madeleine en sortant. “J’espère que tout ira bien pour vous.“
Ces paroles énigmatiques restèrent gravées dans l’esprit de Madeleine. Que savaient les gens du voisinage qu’ils ignoraient ? Un après-midi, alors qu’Étienne était en ville, Madeleine décida de rendre visite à leur plus proche voisin, un fermier nommé Monsieur Baumont, dont les terres jouaient leur propriété. Elle espérait établir de bonnes relations de voisinage, peut-être même comprendre un peu mieux l’histoire de leur demeure.
Monsieur Baumont, un homme trapu d’une soixantaine d’années au visage buriné, l’a reçu avec une politesse distante. Sa femme, une petite femme aux cheveux gris, apporta du thé mais ne resta pas, disparaissant rapidement dans la cuisine. “Alors, vous vous êtes installé à la vieille propriété Montclaire”, dit-il sans sourire. “Courageuse décision.” “Ah, courageuse !” Répéta Madeleine, surprise par le choix du mot. “C’est une belle propriété, un peu délabrée, certes, mais rien qu’un peu d’entretien ne puisse arranger.“
Monsieur Baumont but une gorgée de thé, son regard fuyant. “Vous savez pourquoi les Montclairs sont partis ? Mon mari m’a dit qu’ils avaient émigré en Amérique. Une question d’héritage.” Le fermier laissa échapper un rire amer. “C’est ce qu’on raconte en effet la version officielle.” Le cœur de Madeleine se mit à battre plus vite. “Quelle est la version non officielle ?“
Monsieur Baumont sembla hésiter puis soupira profondément. “Écoutez, madame Duval, je ne suis pas homme à croire aux superstitions, mais il y a des choses, des choses que plusieurs personnes ont vu ou entendu, pas seulement les Montclairs, mais aussi les familles qui vivaient là avant eux. Cette propriété a une histoire.” “Quelle histoire ?” “Il y a longtemps, cette maison appartenait à une famille noble. La comtesse qui y vivait a perdu ses deux enfants dans des circonstances tragiques. Une maladie, je crois. Elle est devenue folle de chagrin. On dit qu’elle a fini par se jeter dans le puit du jardin. Depuis, plusieurs familles ont essayé de vivre là-bas. Aucune n’est restée plus de 2 ans.“
Madeleine sentit sa bouche devenir sèche. “Pourquoi ? Que s’est-il passé ?” “Des disparitions, des accidents, des phénomènes inexplicables. Les Montclair par exemple, leur fille aînée a disparu une nuit. On ne l’a jamais retrouvé. Quelques mois plus tard, ils sont partis sans même prendre le temps de vendre correctement la propriété. Ils voulaient juste partir.“
Madeleine se leva brusquement, renversant presque sa tasse. “Pourquoi personne ne nous a prévenu ? Pourquoi le notaire ne nous a rien dit ?” “Parce qu’il voulait vendre madame et parce que la plupart des gens préfèrent ne pas parler de ces choses. Ils espèrent que tout cela n’est que coïncidence, que la prochaine famille sera épargnée.” Il la regarda avec une expression mêlant pitié et inquiétude. “Mais je vous le dis franchement, si j’étais vous, je partirai avant qu’il ne soit trop tard.“
Madeleine rentra à la propriété dans un état second. Les paroles de monsieur Baumont raisonnaient dans sa tête comme un glas funèbre. Elle devait en parler à Étienne. Il devait partir. Mais quand elle arriva à la maison, elle trouva une scène qui acheva de la terroriser. Marguerite était dans la cuisine en larme, consolée tant bien que mal par Thomas. Luc était assis sur une chaise, le visage pâle et les yeux écarquillés.
“Que s’est-il passé ?” cria Madeleine en se précipitant vers son fils. “C’est Camille, madame”, sanglota Marguerite. “Elle… elle a disparu. Nous la cherchons partout depuis une heure.” Le monde sembla s’arrêter autour de Madeleine. “Disparu ! Comment ça a disparu ?” Thomas prit la parole, sa voix tremblante. “Elle jouait dans le jardin. Je l’ai vu près du vieux puit. J’ai détourné les yeux deux minutes pour couper une branche et quand j’ai regardé à nouveau, elle n’était plus là. Nous avons fouillé tout le parc, appelé son nom. Rien.“
Madeleine se précipita dehors, hurlant le nom de sa fille. Elle courut vers le puit, ce puit qu’il n’avait jamais pris la peine de sceller. Son cœur se glaça en voyant la margelle de pierre, imaginant le pire. “Camille, Camille.” Sa voix se brisait à chaque appel. Pendant deux heures atroces, ils cherchèrent. Ils fouillèrent chaque recoin du jardin, de la serre en ruine, des dépendances. Madeleine était au bord de l’hystérie quand Étienne rentra enfin de la ville, alertée par un message urgent que Thomas avait fait porter.
“Que se passe-t-il ? Où est Camille ?” “Elle a disparu !” cria Madeleine en s’effondrant dans ses bras. “Notre fille a disparu.” Étienne, pour la première fois depuis leur arrivée, sembla perdre son masque de contrôle rationnel. Son visage devint livide. “Organisant une recherche systématique. Thomas va chercher les voisins. Madeleine ! Reste ici avec Luc au cas où elle reviendrait. Je vais fouiller la maison de fond en comble.“
Mais au moment où il prononçait ces mots, ils entendirent un bruit, un bruit ténu, presque imperceptible, un sanglot venant de l’intérieur de la maison. Ils se précipitèrent tous à l’intérieur. Le sanglot se répéta une fois. Ils venait d’en haut du deuxième étage. Étienne gravit les marches quatre à quatre. Madeleine sur ses talons. Le couloir du deuxième étage était plongé dans une semi-obscurité. Le sanglot provenait de la dernière chambre, celle qui était restée fermée à clé depuis leur arrivée.
La porte était entrouverte et Étienne la poussa lentement. Dans le coin de la pièce poussiéreuse, recroquevillée contre le mur se trouvait Camille. Elle s’anglotait doucement. Le regard perdu dans le vide. “Camille !” Madeleine se précipita vers sa fille et la prit dans ses bras. “Ma chérie, que s’est-il passé ? Comment es-tu arrivé ici ?” La fillette tremblait de tous ses membres. Quand elle parla enfin, sa voix était à peine audible.
“Elle m’a amené ici. Elle voulait me montrer quelque chose.” “Qui, ma chérie ? Qui t’a amené ici ?” “La dame. La dame triste. Elle m’a pris la main et m’a emmené. Elle m’a dit que c’était sa chambre, qu’elle attendait que ses enfants reviennent.” Madeleine échangea un regard horrifié avec Étienne. Lui, habituellement si prompt à trouver des explications rationnelles, restait muet, le visage figé dans une expression d’incompréhension et de peur naissante.
Cette nuit-là, aucun membre de la famille du Val ne dormit véritablement. Ils restèrent tous ensemble dans le salon, une dizaine de bougies allumées autour d’eux, attendant que l’aube vienne chasser les ombres. Mais même la lumière du jour quand elle finit par arriver, ne parvint pas à dissiper la certitude glacée qui s’était installée dans leur cœur. Ils n’étaient pas seul dans cette maison et ce qui partageait leur demeure n’était ni bienveillant ni compréhensible.
Les jours suivants la disparition temporaire de Camille furent marqués par une tension insoutenable. Madeleine supplia Étienne de quitter la propriété immédiatement. Elle raconta en détail sa conversation avec monsieur Baumont, l’histoire de la contesse et de ses enfants perdus, les disparition qui avait jalonné l’histoire de la maison. “Nous devons partir, Étienne. Cette maison est maudite. Je le sais. Tu le sais. Tout le monde autour de nous le sait.“
Mais Étienne se trouvait face à un dilemme terrible. Il avait investi l’essentiel de ses économies dans l’achat et la rénovation de cette propriété. Plus grave encore, il avait emprunté une somme considérable à ses associés en affaires pour financer l’achat. S’il abandonnait maintenant la maison, il serait ruiné. Sa réputation de négociant sérieux et fiable serait détruite. Personne ne ferait plus affaire avec un homme capable de fuir sa propre demeure pour des histoires de fantômes.
“Madeleine, sois raisonnable”, dit-il d’une voix fatiguée, assis dans son bureau, la tête entre les mains. “Nous ne pouvons pas partir comme ça. J’ai des obligations financières. Si nous abandonnons cette propriété, nous perdons tout.” “Tout… nous perdrons bien plus si nous restons”, rétorqua Madeleine les larmes aux yeux. “Notre fille a disparu pendant deux heures. Deux heures durant lesquelles j’ai cru mourir de peur. Et tu veux que nous restions ?” “Camille s’était simplement égarée dans la maison. C’est une grande demeure. Elle n’en connaît pas encore tous les recoins.“
“Elle a été emmenée Étienne, elle l’a dit elle-même. Elle a imaginé cela. Les enfants confondent le rêve et la réalité.” Mais même en prononçant ces mots, Étienne savait qu’il mentait. Il avait vu lui aussi des choses inexplicables. Les dernière nuit, il s’était réveillé plusieurs fois, certain d’avoir entendu des pas dans le couloir et ce matin même, il avait trouvé son bureau sans dessus dessous alors qu’il l’avait rangé méticuleusement la veille.
Le compromis auquel ils parvinent fut fragile. Il resterait encore quelques mois, le temps qu’Étienne trouve un acheteur et récupère au moins une partie de son investissement. En attendant, il prendrait des mesures pour se protéger. Étienne fit installer des verrou supplémentaires sur toutes les portes. Il engagea un homme pour sceller définitivement le vieux puit du jardin. Il fit venir un prêtre pour bénir la maison. Bien qu’il prétendit que c’était seulement pour rassurer sa femme.
Le père Mathieu, un prêtre âgé de la paroisse voisine, arriva un matin brumeux de décembre. C’était un homme maigre aux cheveux blancs au regard perçant. Il parcourut la maison en silence, aspergeant chaque pièce d’eau bénite et murmurant des prières en latin. Quand il eut terminé, il prit Étienne à part. “Monsieur Duval, je dois être franc avec vous. Il y a dans cette maison une présence que je ne peux pas nommer avec certitude, mais je la sens. Elle est forte et elle est tourmentée.“
Étienne fronça les sourcils. “Que suggérez-vous, mon père ?” “Je suggère que vous partiez. Certains lieux portent en eux trop de souffrance. Ils ne peuvent être apaisés par de simples prières.” “C’est impossible. Je ne peux pas partir.” Le père Matthieu hocha tristement la tête. “Alors, je prierai pour vous et votre famille. C’est tout ce que je peux faire.“
Après le départ du prêtre, il y eut quelques jours de répit. Comme si la bénédiction avait eu un effet temporaire. Les bruits nocturnes diminuèrent. Les objets cessèrent de se déplacer. Madeleine commença à espérer, juste peut-être le pire était derrière eux. Mais cette acalmie ne dura pas. Une nuit, Madeleine se réveilla en sursaut. Elle avait entendu un cri, un cri d’enfant. Elle bondit hors du lit et se précipita vers la chambre de Luc.
Son fils était assis dans son lit, le visage livide, pointant du doigt vers la fenêtre. “Elle est là maman. Elle est dans le jardin. Elle me fait signe.” Madeleine regarda par la fenêtre. Dans la clarté lunaire près du chaîne centenaire, elle vit distinctement une silhouette, une femme vêtue d’une longue robe blanche. Elle se tenait immobile, le visage levé vers la fenêtre de Luc. Le sang de Madeleine se glaça. Cette fois, ce n’était pas l’imagination d’un enfant. Elle la voyait aussi.
Étienne arriva en courant, alerté par l’écrit. “Que se passe-t-il ?” “Regarde”, dit Madeleine d’une voix étranglée, montrant le jardin. Étienne se pencha à la fenêtre. La silhouette était toujours là. Pendant un long moment, ils restèrent tous les trois à la regarder, figé par la peur et l’incompréhension. Puis, lentement, la silhouette tourna les talons et se dirigea vers la maison. Elle marchait d’une démarche fluide, presque glissante. En quelques secondes, elle disparut de leur champ de vision.
“Elle entre dans la maison”, murmura Madeleine. “Mon Dieu, elle entre dans la maison.” Étienne se ressaisit. “Restez ici, fermez la porte à clé. Ne sortez pas, quoi qu’il arrive.” “Étienne, non, ne descend pas.” Mais il était déjà parti, une lampe à huile à la main. Son cœur battait à tout rompre, mais l’orgueil et la colère l’emportèrent sur la peur. Il en avait assez, assez de ces manifestations, assez de cette terreur qui paralysait sa famille. Il allait découvrir ce qui se passait réellement.
Il devait y avoir une explication rationnelle, un vagabond peut-être, qui s’amusait à leur faire peur ou une conspiration de voisins jaloux voulant les faire partir pour racheter la propriété. Il descendit l’escalier principal, la lumière de sa lampe projetant des ombres mouvantes sur les murs. Le rez-de-chaussée était plongé dans un silence absolu. Il parcourut le salon, la salle à manger, la bibliothèque, rien. Il se dirigea vers la cuisine. La porte était entrouverte. Il la poussa lentement.
La pièce était vide, mais quelque chose attira immédiatement son attention. Sur la table de bois, quelqu’un avait tracé des mots dans la fine couche de farine que Marguerite avait laissé là pour préparer du pain le lendemain. Trois mots tracés avec une précision troublante. “Rendez-moi mes enfants.” Étienne sentit ses jambes se dérober sous lui. Il dut s’appuyer contre le chambranle de la porte pour ne pas tomber. Ce n’était pas possible. Ce n’était simplement pas possible.
Un bruit derrière lui, le fit se retourner brusquement. Dans l’embrasure de la porte se tenait Marguerite en chemise de nuit, le visage terrifié. “Monsieur, je… j’ai entendu du bruit.” Son regard tomba sur la table et elle porta les mains à sa bouche. “Sainte Vierge Marie, Marguerite, retournez-vous coucher.” dit Étienne d’une voix qu’il essayait de garder ferme. “Ce n’est rien.” Mais il savait tous les deux que c’était un mensonge.
Le lendemain matin, Marguerite annonça qu’elle partait. “Je suis désolé, madame Duval, mais je ne peux plus rester ici. Cette maison, elle n’est pas naturelle. J’ai peur.” Madeleine ne tenta même pas de la retenir. Elle la comprenait parfaitement. Si elle avait pu partir aussi facilement, elle l’aurait fait sans hésiter. Thomas resta mais seulement parce qu’il n’avait nulle part où aller. Cependant, il refusait désormais d’entrer dans la maison après la tombée de la nuit. Il dormait dans l’ancienne écurie, préférant le froid de décembre à l’atmosphère oppressante de la demeure.
Les Duvales se retrouvèrent donc essentiellement seuls, seuls avec la présence qui hantait leur maison. Et cette présence devenait de plus en plus oppressente, de plus en plus audacieuse. Les nuits étaient devenues un cauchemar. Les quatre membres de la famille dormaient maintenant tous ensemble dans la chambre parentale, entassés sur le grand lit et des matelas posé au sol. Les bougies restaient allumées jusqu’au matin. Personne n’osait plus s’aventurer seul dans les couloirs obscurs.
Les manifestations se multipliaient. Des portes claquaient violemment au milieu de la nuit. Des objets tombaient des étagères sans raison apparente et toujours, toujours, ces pas à l’étage supérieur. Ces pas lents et réguliers de quelqu’un qui marchait sans fin, cherchant quelque chose qu’il ne trouvait jamais. Camille et Luc ne jouaient plus. Ils restaient assis près de leur mère, silencieux et apeurés, sursautant au moindre bruit.
Camille avait commencé à parler à voix basse de la dame qui pleure. Elle disait l’entendre la nuit, sanglottant quelque part dans la maison, appelant des noms qu’elle ne comprenait pas. Et Étienne, quant à lui, semblait vieillir de jour en jour. Son visage s’était creusé, ses cheveux avaient commencé à grisonner. Il ne partait plus en ville, négligeant ses affaires. Il passait ses journées à arpenter la maison, vérifiant et revérifiant les serrures comme si des verrous pouvaient les protéger de ce qui les terrorisait.
Un soir, alors qu’ils étaient tous réunis dans le salon, c’était devenu leur refuge pendant la journée, Luc leva soudainement les yeux vers le plafond. “Elle est juste au-dessus de nous”, murmura-t-il. “Elle marche. Vous entendez ?” Ils tendirent tous l’oreille et effectivement, ils entendirent distinctement des pas au premier étage, des pas lents, délibérés, qui allaient d’un bout du couloir à l’autre. “Assez !” cria soudain Étienne en bondissant sur ses pieds. “J’en ai assez !” Il se précipita vers l’escalier.
Madeleine cria son nom, mais il était déjà en haut des marches. Ils l’entendirent ouvrir violemment les portes les unes après les autres. “Montrez-vous, qui que vous soyez, montrez-vous, je ne tolérerai plus cette terreur dans ma propre maison.” Puis soudain le silence, un silence total, même les bruits habituels de la vieille demeure semblaient s’être tus. “Étienne”, appela Madeleine d’une voix tremblante. “Étienne ?” Pas de réponse.
Le cœur battant, Madeleine monta lentement les marches, Camille et Luc agrippé à sa robe. Elle trouva Étienne au milieu du couloir du premier étage, immobile, le visage d’une pâleur mortelle. “Étienne, qu’y a-t-il ?” Il leva lentement une main tremblante et désigna la porte de leur chambre. Elle était entrouverte et à travers l’ouverture, il pouvaient voir quelque chose, une forme sombre, une silhouette qui se tenait près de la fenêtre.
“Elle est dans notre chambre”, murmura Étienne d’une voix brisée. “Elle est dans notre chambre.” Et pour la première fois depuis le début de cette épreuve, Madeleine vit son mari. Cet homme si fort, si rationnel, si convaincu que tout pouvait s’expliquer, se mettre à pleurer.
Les derniers jours de décembre 1860 furent marqués par un froid intense qui s’abattit sur Lyon et ses environs. La neige recouvrit la propriété Montcler d’un manteau blanc qui aurait dû être magnifique, mais qui ne faisait qu’accentuer l’impression d’isolement et de désolation du lieu. Les Duvales vivaient désormais reclus dans quelques pièces du rez-de-chaussée. Ils avaient abandonné les étages supérieurs à ceux qui habitaient là. Car même Étienne avait fini par accepter l’impossible. Il n’était pas seul dans cette maison.
La famille ne mangeait presque plus. Madeleine avait maigri au point que ses robes flottaient sur son corps émacié. Les enfants, autrefois si pleins de vie, étaient devenus des ombres silencieuses, les yeux cernés par le manque de sommeil et la peur constante. Étienne avait finalement contacté un acheteur potentiel, un industriel de Paris qui cherchait une propriété dans la région. Mais l’homme devait venir visiter la maison début janvier. Il fallait tenir jusque-là. Seulement quelques jours encore.
Thomas venait chaque matin apporter du bois pour le feu et de la nourriture qu’il achetait au village. Il ne restait jamais longtemps pressé de quitter les lieux avant la tombée de la nuit. “Les gens au village parlent, monsieur”, dit-il un matin à Étienne. “Ils disent que votre famille est… enfin qu’elle a changé. Ils vous ont vu à travers les fenêtres. Ils s’inquiètent.” “Dis-leur que tout va bien !“, répondit Étienne d’une voix morne. “Encore quelques jours et nous partirons. Nous abandonnons tout, la maison, les meubles, tout. Nous repartons de zéro.” Thomas hocha la tête, mais son regard trahissait son scepticisme. Partiront-ils vraiment ou sera-t-il trop tard ?
La nuit du 28 décembre, quelque chose changea dans l’atmosphère de la maison. Une tension nouvelle, presque palpable, s’installa. Même l’air semblait plus lourd, plus oppressant. Camille, qui n’avait presque pas parlé depuis des jours, se tourna soudain vers sa mère. “Elle est en colère, maman. Elle sait que nous voulons partir. Elle ne veut pas nous laisser partir.” “Ne dit pas de sottise, ma chérie”, murmura Madeleine, bien qu’elle ressentit la même chose.
Cette nuit-là, aucun d’eux ne parvint à dormir. Ils restèrent assis dans le salon, écoutant les bruits qui remplissaient la maison. Ce n’était plus seulement des pas, c’était des portes qui s’ouvraient et se fermaient, des meubles qu’on déplaçait. Et par-dessus tout ce sanglot, ce sanglot incessant d’une femme en pleurs qui semblait provenir de partout et de nulle part à la fois. Vers 3h du matin, les bruits cessèrent brusquement. Un silence absolu tomba sur la maison. Un silence plus effrayant encore que le vacarme qui l’avait précédé.
“Je n’aime pas ça”, murmura Étienne. “Je n’aime pas ce silence.” C’est alors qu’ils l’entendirent. Une voix, une voix de femme claire et distincte qui venait de l’escalier. “Mes enfants, où sont mes enfants ?” Madeleine serra Camille et Luc contre elle, pétrifié de terreur. Étienne se leva lentement, une chandelle tremblante à la main. Dans l’embrasure de la porte du salon se tenait une silhouette, la même silhouette qu’ils avaient aperçu tant de fois, mais jamais d’aussi près.
Une femme vêtue d’une robe blanche démodée, les cheveux longs et sombres tombant sur ses épaules. Son visage était d’une pâleur cadavérique et ses yeux… ses yeux étaient puits de souffrance infinie. “Rendez-moi mes enfants”, dit-elle d’une voix brisée par le chagrin. “Ils m’ont été pris. Je les cherche depuis si longtemps, si longtemps.” “Nous n’avons pas vos enfants.” balbucia Étienne, trouvant difficilement ses mots. “Nous sommes désolés pour votre perte, mais nous n’avons pas vos enfants.“
La silhouette tourna lentement la tête vers Camille et Luc et un sourire étrange, presque dément, apparut sur ses lèvres. “Mais si ils sont là, mes petits enfin retrouvés.” “Non !” Cria Madeleine, comprenant soudain l’horrible vérité. Cette présence ne cherchait pas ses propres enfants perdus depuis longtemps. Elle voulait des remplaçants. Elle voulait Camille et Luc. La silhouette commença à avancer vers eux. Étienne se plaça devant sa famille, bras écartés comme pour la protéger.
“Vous ne les toucherez pas. Vous ne toucherez pas à mes enfants.” “Vos enfants ?” La voix de la femme se fit plus aiguë, presque hystérique. “Ce sont mes enfants, on me les a pris, on me les a arraché, mais maintenant ils sont revenus.” La température de la pièce chuta brusquement. Leur souffle forma de la buée dans l’air glacée. Les flammes des bougies vacillèrent, projetant des ombres dansantes et déformées sur les murs.
“Courez !” hurla Étienne. “Madeleine, prends les enfants et cours !” Madeleine ne se le fit pas dire deux fois. Elle attrapa Camille et Luc par la main et se précipita vers la porte de derrière, celle qui menait au jardin. Mais la porte refusa de s’ouvrir. Elle tira désespérément sur la poignée, mais c’était comme si elle était scellée par une force invisible. Derrière elle, elle entendit Étienne crier. Elle se retourna vite une scène qui hanterait ses cauchemars jusqu’à la fin de ses jour.
Son mari était projeté contre le mur par une force invisible puis s’effondrait au sol, inconscient ou pire. “Papa !” hurla Camille. Toutes les portes de la maison se mirent alors à claquer simultanément, encore et encore, dans un vacarme assourdissant. Les fenêtres tremblaient dans leur cadre. Le lustre du hall se balançait violemment. “Laissez-nous partir”, supplia Madeleine, des larmes coulant sur ses joues. “Je vous en prie, nous ne sommes rien pour vous. Laissez-nous partir.“
Mais la silhouette était maintenant à quelques pas seulement, tendant les bras vers Camille et Luc. Ses mains étaient translucides, à peine visibles, mais ses intentions étaient claires. Ce qui se passa ensuite resta flou dans les mémoires. Peut-être fut ce l’instinct maternel, cette force primitive qui donne au mère un courage surhumain. Peut-être fut simplement le désespoir ultime. Mais Madeleine se jeta littéralement sur la porte, utilisant tout son poids, toute sa force. La porte céda.
Ils tombèrent tous les trois dans la neige glacée du jardin. Sans regarder en arrière, sans même prendre le temps de vérifier si quelque chose les poursuivait, Madeleine tira ses enfants à travers le parc enneigé. Leurs pieds étaient nus, leurs vêtements de nuit inadéquat pour le froid mordant, mais rien de cela n’avait d’importance. Ils coururent jusqu’à ce que leurs poumons brûlent, jusqu’à ce que leurs jambes ne puissent plus les porter. Ils coururent jusqu’à atteindre la route puis la ferme de monsieur Baumont.
Le fermier et sa femme les accueillirent horrifiés par leur état. Madeleine, en état de choc ne put que répéter : “Étienne ! Étienne est encore là-bas !” Monsieur Baumont rassembla immédiatement plusieurs hommes du village et ils partirent vers la propriété Montcler, armé de lanternes et de bâtons. Mais quand ils arrivèrent, ils trouvèrent la maison étrangement silencieuse. La porte d’entrée était grande ouverte, la neige s’étant accumulée dans le hall.
Ils appelèrent, cherchèrent, fouillèrent chaque pièce. Étienne Duval n’était nulle part. Il avait disparu sans laisser de trace comme s’il s’était volatilisé, comme si la maison l’avait avalé. Les autorités menèrent une enquête approfondie. On fouilla la propriété de fond en comble. On interrogea tous les témoins. Mais aucune explication rationnelle ne put être trouvée. Étienne Duval s’était tout simplement évaporé.
Madeleine, Camille et Luc quittèrent la région dès que les enfants furent suffisamment remis. Ils partirent pour Paris où Madeleine avait de la famille. La propriété Montcler fut saisie par les créanciers d’Étienne, mais personne ne voulut l’acheter. Elle resta abandonnée. Thomas, le jeune jardinier, fut le dernier à quitter les lieux. Avant de partir, il raconta à quiconque voulait l’entendre ce qu’il avait vu la nuit de la disparition.
Alors qu’il se cachait dans l’écurie terrifié, il avait vu quelque chose à travers les fenêtres de la maison, deux silhouettes se tenant côte à côte dans le hall. Une femme en robe blanche et à côté d’elle maintenant une silhouette masculine qu’il avait reconnu comme étant monsieur Duval. Il se tenait là immobile, racontait-il, les yeux écarquillés comme s’ils attendaient quelque chose ou quelqu’un.
Mais si les archives municipales de Lyon contiennent toujours le dossier de l’affaire du Val, un dossier épais rempli de témoignages contradictoires, de rapports de police sans conclusion et de lettres désespérées de Madeleine Duval, suppliant les autorités de continuer les recherches. La propriété Montcler existe toujours. Elle se dresse à l’abandon, cachée derrière ses arbres centenaires, ses fenêtres vides comme des yeux morts fixant le vide.
Les autorités locales ont essayé plusieurs fois de la démolir mais chaque fois les ouvriers refusent de terminer le travail. Ils parlent de sensations désagréables, de voix qu’ils entendent, de silhouettes qu’ils aperçoivent du coin de l’œil. Aujourd’hui encore, plus de soixante ans après la disparition d’Étienne Duval, les habitants des environs évitent ce lieu. Les parents préviennent leurs enfants de ne jamais s’approcher de la vieille propriété. Les promeneurs changent de chemin pour ne pas passer devant ces grilles rouillées.
Et parfois, lors des nuits d’hiver, quand la neige recouvre le paysage comme elle le faisait en cette terrible nuit de décembre 1860, des témoins rapportent avoir vu de la lumière aux fenêtres de la maison abandonnée. Il parlent de silhouettes qui se déplacent à l’intérieur. Trois silhouettes, disent certains, une femme, un homme et parfois une forme plus petite comme un enfant. La demeure Duval garde ses secrets et peut-être quelque part dans ses couloirs silencieux, une mère en deuil continue-elle de chercher ce qui lui a été arraché il y a si longtemps, attendant patiemment que de nouveaux occupants franchissent son seuil, attendant que d’autres enfants viennent, rester, car certaines maisons, dit-on, ont faim.
Elles se nourrissent du chagrin, de la peur et de ceux qui ont le malheur de croire qu’un verrou peut les protéger de ceux qui hantent leur mur. Et vous, chers auditeurs, oseriez-vous franchir le seuil de la demeure Duval ? Laissez-nous vos réflexions en commentaire. Si cette histoire vous a troublé et j’espère qu’elle l’a fait, n’oubliez pas de vous abonner à la chaîne pour découvrir d’autres récits troublants tirés des archives oubliées de l’histoire, car la réalité parfois est bien plus effrayante que la fiction. Prenez soin de vous et vérifiez bien que toutes vos portes sont verrouillées ce soir.
News
Little girl holding a doll in 1911 — 112 years later, historians zoom in on the photo and freeze…
Little girl holding a doll in 1911 — 112 years later, historians zoom in on the photo and freeze… In…
Billionaire Comes Home to Find His Fiancée Forcing the Woman Who Raised Him to Scrub the Floors—What He Did Next Left Everyone Speechless…
Billionaire Comes Home to Find His Fiancée Forcing the Woman Who Raised Him to Scrub the Floors—What He Did Next…
The Pike Sisters Breeding Barn — 37 Men Found Chained in a Breeding Barn
The Pike Sisters Breeding Barn — 37 Men Found Chained in a Breeding Barn In the misty heart of the…
The farmer paid 7 cents for the slave’s “23 cm”… and what happened that night shocked Vassouras.
The farmer paid 7 cents for the slave’s “23 cm”… and what happened that night shocked Vassouras. In 1883, thirty…
The Inbred Harlow Sisters’ Breeding Cabin — 19 Men Found Shackled Beneath the Floor (Ozarks 1894)
The Inbred Harlow Sisters’ Breeding Cabin — 19 Men Found Shackled Beneath the Floor (Ozarks 1894) In the winter of…
Three Times in One Night — And the Vatican Watched
Three Times in One Night — And the Vatican Watched The sound of knees dragging across sacred marble. October 30th,…
End of content
No more pages to load






